Guide · Comprendre

Photo horodatée : ce que ça prouve, et ce que ça ne prouve pas.

« Horodater une photo » recouvre quatre pratiques qui n’ont pas la même valeur devant un tiers. Ce guide les compare, honnêtement, y compris pour la nôtre.

Ce guide explique des notions générales. Il ne constitue pas un avis juridique : la valeur d’une pièce dans un litige donné s’apprécie au cas par cas, par celui qui la reçoit.

1 · Les quatre façons d’horodater une photo

L’heure écrite dans le fichier

Chaque photo de téléphone contient des données techniques, dont la date et l’heure de prise de vue, parfois la position. Elles viennent de l’horloge et du GPS de l’appareil, et se modifient en un clic avec n’importe quel logiciel de retouche, ou en réglant l’heure du téléphone avant la prise de vue. Elles disparaissent d’ailleurs souvent à l’envoi par messagerie. Face à un tiers, elles ne prouvent rien : elles affirment.

L’heure incrustée sur l’image

Certaines applications impriment la date, l’heure et une adresse dans un coin de la photo. C’est lisible, et c’est tout : un texte incrusté est une image comme une autre. Il se retouche comme le reste, et rien ne lie ce qu’il dit à ce que montre la photo.

Le dépôt chez un tiers de confiance

On envoie le fichier à un service qui en calcule l’empreinte et la date. Cela prouve une chose, solidement : que ce fichier existait au plus tard à la date du dépôt. Cela ne dit pas quand la photo a été prise, ni par quel appareil, ni si elle a été retouchée avant le dépôt. Une photo de 2019 déposée en 2026 est horodatée 2026.

La capture dans une application qui scelle

L’application prend la photo elle-même, jamais depuis la galerie, relève la date et la position au déclenchement, demande à l’appareil d’attester qu’il s’agit bien de cette application sur un appareil non compromis, puis lie tout cela au fichier et le scelle dès la réception. La date reste un « au plus tard », mais la capture en direct et l’attestation resserrent l’intervalle entre la prise de vue et le scellement, et ajoutent ce que les trois autres méthodes n’ont pas : l’origine.

2 · « Au plus tard », pas « à cet instant »

C’est la distinction que tout le vocabulaire commercial efface. Un horodatage, quel qu’il soit, prouve rigoureusement une seule chose : que des données existaient au plus tard à un instant donné. Il ne prouve pas qu’elles n’existaient pas avant.

Ce qui rapproche la date prouvée de l’instant de prise de vue, c’est le reste : une capture en direct dans une application qui refuse l’import, un appareil qui atteste, un scellement dès la réception. Une preuve sérieuse dit « scellée le », pas « prise le », et explique la différence.

3 · La date ne suffit pas

Une photo datée d’un écran est une photo datée. Une photo datée d’une mise en scène est une photo datée. Quatre questions se posent à une photo qu’on veut opposer à quelqu’un :

  • Quand ? Une date qu’un tiers peut recontrôler, pas une date affirmée.
  • Où ? Une position relevée au déclenchement, avec sa précision, pas une adresse tapée.
  • Par quoi ? Un appareil et une application identifiés par une attestation, pas par un nom de fichier.
  • Intacte ? Une empreinte scellée à laquelle comparer le fichier d’aujourd’hui.

Et une limite qu’aucune méthode ne franchit : personne ne prouve la sincérité de la scène. Une preuve honnête l’écrit sur sa page de vérification.

4 · Comment vérifier soi-même

Une preuve qui exige qu’on croie son éditeur n’en est pas une. Ce qu’on doit pouvoir faire sans lui :

  • Ouvrir la page de vérification sans compte, et y lire, contrôle par contrôle, ce qui a été vérifié et ce qui n’a pas pu l’être.
  • Recalculer l’empreinte du fichier d’origine, quand il est fourni, et la comparer à celle qui a été scellée.
  • Lire le manifeste de provenance avec un outil public, quand la preuve en porte un au standard ouvert C2PA.
  • Vérifier l’ancre dans une chaîne publique, avec l’outillage OpenTimestamps ou son propre nœud Bitcoin, quand la preuve en a une.

Chez Evidiq, ces quatre gestes sont décrits pas à pas, sur une vraie preuve : comprendre une preuve.

5 · Les quatre méthodes, face à face

Méthode Date Lieu Appareil Intégrité Vérifiable par un tiers, sans l’éditeur
Heure dans le fichieraffirméeaffirménonnonnon
Heure incrustéeaffirméeaffirménonnonnon
Dépôt chez un tiersau plus tard, à la date du dépôtnonnondepuis le dépôtselon le service
Capture dans une application qui scelle (Evidiq)au plus tard, dès la réception ; ancrée dans Bitcoin ; pas d’horodatage qualifié à ce jourzone relevée au déclenchementattestation Play Integrity (Android) ; App Attest (iPhone)depuis le scellementoui : page publique, manifeste C2PA (captures attestées), ancre, dossier PDF

Les cases « non » de la dernière ligne sont là exprès. Un comparatif où l’éditeur coche tout n’est pas un comparatif.

6 · En pratique

Si la photo doit servir un jour devant quelqu’un qui ne vous croira pas sur parole, prenez-la dans une application qui capture en direct, scelle dès la réception et publie une page de vérification lisible sans compte. Gardez le fichier d’origine. Et ne dites jamais « prise à cet instant » : dites « scellée à cette date, au plus tard », et laissez la page le montrer.

Pour aller plus loin : une photo est-elle une preuve devant un tribunal ?

Voyez une photo horodatée, pour de vrai.

La preuve de démonstration d’Evidiq, telle que la voit celui qui reçoit un lien. Sans compte, sans rien installer.